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L'ère de l'IA se divise en deux pôles : les riches deviennent plus riches, les pauvres deviennent plus pauvres
L’écriture : jiayi
L’IA a changé nos habitudes de vie, c’est un fait.
Utiliser l’IA pour écrire des e-mails, faire des PPT, rechercher des informations, voire rédiger des publications sur les réseaux sociaux, tout cela est devenu naturel. Nous sommes habitués à l’existence de l’IA, comme nous le sommes au WiFi.
Mais peu de gens s’arrêtent pour se poser une question : l’IA que vous utilisez, est-ce la même que celle utilisée par les autres ?
L’« équité » à l’ère de l’IA, est la plus grande illusion
Silicon Valley aime raconter une histoire : l’IA donne à chacun un assistant super puissant, la connaissance n’est plus un privilège réservé à une minorité, tout le monde est égal.
Cela semble beau. Mais la vérité est — l’IA n’est pas équitable par sa logique fondamentale, elle se joue de la capacité financière.
De la puce à la puissance de calcul, de l’entraînement du modèle à la consommation de tokens, chaque étape de l’IA coûte de l’argent.
Une puce H100 de NVIDIA coûte plus de 25 000 $. Entraîner un modèle de niveau GPT-4 coûte plus d’un milliard de dollars. Chaque question posée à l’IA implique la combustion de tokens — et les tokens ont un prix.
Claude Opus coûte 5 $ pour un million de tokens en entrée, 25 $ en sortie. ChatGPT Pro coûte 200 $ par mois. Sans compter Perplexity, Cursor, Midjourney… un utilisateur intensif d’IA dépense facilement plus de 500 $ par mois en outils.
Certains dépensent 5000 $ par mois pour construire une barrière concurrentielle avec l’IA, d’autres pensent qu’avec la version gratuite de ChatGPT, ils suivent déjà le rythme de l’époque.
Ce n’est pas la même course. Ce n’est même pas le même jeu.
Au niveau national : l’écart structurel est irréversible
Ce raisonnement est encore plus brutal à l’échelle d’un pays.
La course à l’armement de l’IA nécessite trois éléments : puces, puissance de calcul, talents. Tous demandent des capitaux énormes.
Les États-Unis contrôlent plus de 70 % de la puissance de calcul mondiale en IA. La Chine tente de rattraper, mais les interdictions sur les puces bloquent la progression. Quant à la majorité des pays en développement — parmi 46 marchés émergents, le coût d’une connexion haut débit de base représente 40 % du revenu mensuel.
Quand un jeune Nigérian ne peut même pas se connecter de façon stable, comment parler d’« égalité en IA » ?
94 % des habitants des pays à revenu élevé ont accès à Internet, contre seulement 23 % dans les pays à faible revenu. 84 % des pays à revenu élevé ont une couverture 5G, contre 4 % dans les pays pauvres.
Les pays du tiers-monde ne partent pas d’une étape en retard, ils n’ont tout simplement pas le droit d’entrer dans la course.
Cet écart structurel ne peut pas être comblé par l’effort seul.
Au niveau individuel : votre plafond est en train d’être redéfini par l’IA
Le même raisonnement s’applique à chaque personne.
Dans ma bio Twitter, j’écris : plafond personnel = trois perspectives + cognition + capacité pratique.
Que fait l’IA à ces trois dimensions ?
▶️ Premièrement, l’IA résout de nombreux problèmes d’efficacité pratique.
Avant, réaliser un rapport sectoriel prenait une semaine, maintenant en une journée. Avant, coder à partir de zéro, maintenant l’IA construit le cadre pour vous. Sur le plan de l’efficacité, l’IA nivelle vraiment le terrain.
▶️ Mais deuxièmement, l’IA amplifie énormément l’écart de cognition.
Avec le même outil d’IA, la qualité des questions posées, la capacité à juger si les réponses sont correctes — tout dépend de votre niveau de cognition initial.
Une personne avec une cognition profonde utilise Claude pour faire des recherches, sait quelles questions poser, comment approfondir, repère les réponses faibles nécessitant vérification. L’IA lui fait gagner 80 % de son temps d’exécution, qu’il peut consacrer à une réflexion plus approfondie.
Et une personne avec une cognition superficielle ? Elle pose ses questions à l’IA, accepte ce qu’elle reçoit. Elle jette sa tête, la remet à l’IA, et ne réfléchit plus. Sur le long terme, elle ne pense plus. L’IA ne la rend pas plus intelligente, elle la rend paresseuse, plus stupide.
▶️ Troisièmement, la différence dans la qualité des livrables va s’accentuer.
En se basant sur votre cognition initiale pour interroger l’IA, la différence en profondeur, précision, actualité des résultats est exponentielle. Avec Claude Opus, une personne produit des insights profonds, une autre produit des banalités qui semblent correctes.
L’université Aalto en Finlande a mené une étude très intéressante : plus on utilise l’IA, plus on a tendance à surestimer ses capacités. L’IA vous donne l’impression de devenir plus fort — les résultats semblent très professionnels, très fluides. Mais si vous n’avez pas la capacité de juger la qualité, vous ne produisez que du « médiocre sophistiqué ».
Ainsi, les trois dimensions — perspectives, cognition, capacité pratique — sont amplifiées à l’infini à l’ère de l’IA.
Les personnes intelligentes deviennent plus intelligentes, celles qui ont de la cognition plus profonde avancent encore, les riches utilisent de meilleurs outils pour creuser l’écart. Et à l’autre extrémité, sous l’effet de l’« aide » de l’IA, ils deviennent plus paresseux, plus superficiels, plus pauvres.
Coût × cognition : un double fossé qui s’élargit
Voici une logique que beaucoup n’ont pas encore bien comprise :
L’argent détermine le niveau d’IA que vous pouvez utiliser → le niveau d’IA détermine la qualité et la profondeur des informations que vous obtenez → la qualité de l’information détermine votre limite de cognition → la limite de cognition influence la qualité de vos décisions → la qualité des décisions détermine combien vous pouvez gagner.
C’est un cercle fermé. Les riches deviennent plus riches, les pauvres plus pauvres.
Le taux d’illusion du ChatGPT gratuit approche 40 %. Autrement dit, sur 10 questions, 4 réponses sont inventées. La version payante GPT-4 a un taux d’illusion de 28 %, et la dernière version a diminué de 45 %.
Les décisions prises avec la version gratuite, comparées à celles avec Opus, sur le long terme, mènent à deux trajectoires de vie totalement différentes.
Ce monde comporte toujours un énorme écart d’information. L’IA n’a pas éliminé cet écart, elle l’a transformé en mur payant.
Les personnes qui contournent la censure et celles qui ne le font pas
Je veux partager une observation personnelle qui me touche beaucoup.
Vous pouvez probablement lire cet article parce que vous utilisez un VPN ou un VPN pour accéder à Twitter.
Mais réfléchissez : combien de personnes autour de vous ne peuvent pas contourner la censure ? Lors de vos conversations, ressentez-vous déjà que leur niveau de cognition est différent du vôtre ?
Ce n’est pas une différence d’intelligence. C’est une division cognitive à long terme causée par l’environnement informationnel.
Une personne qui accède chaque jour à l’information la plus avancée, aux discussions les plus profondes, aux créateurs de contenu de qualité. L’autre voit chaque jour des vidéos courtes alimentées par des algorithmes, des flux d’informations filtrés.
En cinq ou dix ans, leur façon de penser, leur capacité de jugement, leur vision du monde, sont complètement différentes.
L’ère de l’IA amplifie encore cette différence. Ceux qui peuvent contourner la censure utilisent Claude, Perplexity, les meilleurs outils d’IA mondiaux. Ceux qui ne peuvent pas, car ChatGPT est bloqué en Chine, Claude aussi, doivent se contenter de versions localisées ou de produits de substitution achetés à prix élevé.
Les « murs » de l’ère de l’IA ne sont pas seulement physiques. Il y a aussi le mur linguistique — les modèles d’IA de pointe optimisés pour l’anglais dépassent largement ceux pour d’autres langues. Il y a aussi le mur payant, l’algorithme en cage. Chaque mur divise le monde.
Une étude de Stanford montre que pour les utilisateurs non anglophones, utiliser l’IA nécessite 5 fois plus de tokens pour le même contenu. Autrement dit, avec le même budget, ils reçoivent moins d’informations, de moindre qualité.
Ce qui est le plus effrayant : vous avez déjà été dépassé, mais vous ne le savez pas
C’est la chose que je voulais surtout souligner dans cet article.
L’IA gratuite peut répondre, aider à rédiger, rechercher. Donc, ceux qui utilisent la version gratuite pensent — « Je suis aussi en train d’utiliser l’IA, je ne suis pas en retard. »
Mais la logique est : l’IA gratuite a une capacité de raisonnement plus superficielle, plus d’illusions, des informations plus anciennes. Les réponses qu’elle fournit semblent correctes, mais sont souvent pleines d’erreurs ou de sophismes.
C’est comme deux personnes qui courent. L’une court vraiment en avant, l’autre marche sur un tapis roulant. Les deux pensent avancer, mais seul l’une avance réellement.
En psychologie, il y a un concept appelé effet Dunning-Kruger : plus on est ignorant, plus on pense tout savoir. L’IA amplifie cet effet de dix fois — plus vous dépendez de l’IA, plus vous vous sentez fort. Mais vous ne savez plus penser par vous-même, vous ne faites que l’ignorer.
C’est la partie la plus cruelle de l’ère de l’IA.
Ce n’est pas l’IA qui va vous remplacer. C’est que ceux qui utilisent une IA plus performante, avec une cognition plus profonde, vous laisseront loin derrière. Et jusqu’au jour où vous serez éliminé, vous ne comprendrez même pas comment vous avez été dépassé.